Voyage 1987 – 1989

Nous quittons Mersin, à quelques Km d’Adana, remontons vers le centre de la Turquie pour découvrir la Cappadoce. Ce qui nous attend dépasse nos espérances.  Paysage tout simplement irréel qui semble appartenir à une autre planète. Et pour moi, une impression très étrange de pouvoir me poser définitivement ici, comme si j’étais revenue à la maison. Je ne m’explique pas ce ressenti très fort et perturbant à la fois.

Cappadoce

Ce sont les éruptions de trois volcans (Erciyes, Hasan et Göllü) il y a des milliers d’années qui ont commencé à façonner ce paysage, laissant derrière eux une roche particulière, le tuf volcanique, roche tendre et friable. La diversité des matières éruptives est la base de la diversité des couleurs. Puis l’ère de la glaciation, les infiltrations d’eau dans la croûte, l’érosion du tuf, ont fini de créer ce panorama à couper le souffle, succession de crêtes montagneuses, de vallées et de pics comme les fameuses « cheminées de fées ». C’est ensuite la main de l’homme qui a creusé des habitats troglodytes, des villes souterraines …Il ne faut pas se fier à la poussière blanche des rochers qui ressemble au sable, cette région est très fertile. On y trouve des légumes, des vignes (le vin ici est très bon !). Pour apprécier cette région nous allons prendre notre temps. Le temps de visiter les églises rupestres, les villages, les grottes, les cités souterraines …. Un monde d’exploration s’ouvre à nous.

Göreme

Nous décidons de prendre un camp de base. Ce sera le Kaya camping au cœur de la Cappadoce, à Göreme, près de la route qui monte vers Ürgüp.Basket au pied, appareil photo, nous voilà prêts pour découvrir la vallée de Göreme et son musée de plein air.  Notre première impression de cette partie de la Turquie ne se dément pas. Magnifique ! En ville, nous entrons dans un petit atelier de fabrication d’onyx.
Deniz nous fait une démonstration de polissage de cette pierre volcanique, qui entre ces doigts deviendra un bel objet. Nous quittons l’ambiance saturée de poussière d’onyx et passons par la boutique à souvenirs. Nous craquons pour faire le plein de cadeaux. On a juste oublié que nous sommes à pied, que pour rejoindre notre camps de base ça grimpe pas mal, qu’il fait chaud et que l’onyx … c’est lourd ! Une douche et un verre bien frais de jus de cerise sont appréciés à notre arrivée.

Notre séjour en Cappadoce se poursuit vers Zelve, et les fabuleuses cheminées de fées. Ce sont des colonnes de roches sédimentaires, attaquées par l’érosion, et coiffées d’un chapeau de roche plus dure qui résiste mieux à cette érosion.  Les couleurs rose, gris, jaune, beige et blanc prennent des tons très différents selon l’heure et la lumière.  C’est un spectacle que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Au pied de ces cheminées de fée, des vignes.

Ortahisar / Mustafapaşa

Nous partons à pied, depuis notre camp de base vers Ortahisar. Fascinant de marcher, seuls au monde, entre ces belles vallées. Au milieu du village se dresse un piton rocheux, perforé de toutes parts. Tout autour du piton, des maisons en terrasse et des petites ruelles où il fait bon flâner. Des bruits attirent notre attention. On pénètre dans un entrepôt creusé dans le tuf.
Yilmaz nous accueille. C’est là que sont stockés, dans ces chambres froides naturelles avec un bon taux d’humidité, des centaines et des centaines de caisses de citrons. Les citrons sont stockés plusieurs mois pour avoir un meilleur goût. Nous repartons avec notre chapeau rempli de citrons. Encore merci Yilmaz pour la visite et le cadeau.

Un peu plus au sud, sur la place de la petite ville de Mustafapaşa, où il fait bon vivre.,Patrick est interpelé par quelques joueurs de Tavla, assis à la terrasse d’un petit café. Il passera un bon moment à s’essayer à ce jeu, en compagnie de Bekir. L’après-midi passe tranquillement, au rythme du café turc qu’il faut déguster en prenant son temps. Cet art de vivre à la turque, ils appellent cela le keyif. Bekir est dentiste à Avanos, il nous invite chez lui pour le dîner du lendemain soir. On ne peut pas refuser une telle invitation. Demain sera donc consacré à Avanos !

Avanos

Situé sur les rives du fleuve Kızılırmak, qui signifie Rivière Rouge, Avanos est à une dizaine de Km de notre camp de base. Depuis le Kaya kamping, nous avons pris le Toyota pour nous y rendre. Il commence à faire très chaud, 52°C dans le Toyota, rouler les fenêtres ouvertes va l’aérer et le refroidir pour la nuit.
Avanos est réputé pour son vin, son tissage et sa poterie. Le métier de potier se transmet de père en fils. Nous rencontrons Ali, qui essaye d’initier Patrick, qui fera une véritable poterie antique. Pour le féliciter, Ali nous offre un ‘apfel çay’ très désaltérant.

Notre soirée chez Bekir : on quitte nos chaussures avant d’entrer. Bekir accompagne Patrick et c’est sa femme, Dilara, qui vient me chercher. On respecte les traditions. On s’assoit par terre pour manger, position assez inconfortable pour nous. Dîner : soupe, pâte au yaourt et en dessert du raisin et des noix. Bekir nous apprend que si l’on ne veut plus de thé, il faut poser sa cuillère en travers du verre, et ne pas la laisser dedans.
Nous passons une très agréable soirée (malgré la position pour le repas) et repartons avec une pastèque, des abricots séchés maison, un foulard et une petite bague pour moi. En effet, à l’origine, le bakchich était le cadeau de bienvenue, en signe d’hospitalité et d’amitié. Pour prouver à son invité une marque d’affection.

Derinkuyu / Kaymakli

Aujourd’hui, direction plein sud où nous attend Bülent, guide qui parle français et qui va nous accompagner pour visiter ces deux villes souterraines. Ces villes on été creusées par les Chrétiens pour se protéger des invasions.
Dans cette région, il existe une dizaine de villes souterraines, mais seulement deux peuvent se visiter. Comment décrire notre progression dans ces souricières, courbés, accroupis, et à certains endroits avec un passage difficile pour les épaules.
On commence par Kaymakli : à l’entrée une petite étable, puis un passage qui pouvait être fermé à l’aide d’une meule de pierre. Ces grosses pierres circulaires, de plus de 50 cm d’épaisseur, pouvaient peser plus de 500Kg. On accède à une ancienne église et aux habitations, et aux espaces de stockage. On descend sur 4 niveaux.
Pas très loin, Derinkuyu, la plus grande et la plus impressionnante des villes souterraines. Ses 8 étages lui ont donné le nom de « puits profond » On y retrouve les habitations, les pièces de stockage … Pour montrer la complexité des lieux, Patrick à fait un schéma, bien plus parlant qu’un discours.

Nevşehir / Urgüp /Kayseri

Ciel encore couvert, mais la pluie a cessé et on en profite pour faire quelques courses au marché de Nevşehir : de la vaisselle, des tasses, des fruits  …   ainsi qu’à celui de Kayseri, où il y a bon nombre de marchands ambulants. Nevşehir n’est pas spécialement la plus belle ville de Cappadoce.
En repartant, arrêt à Urgüp, où l’on déjeune au restaurant Hanedan, avec un buffet de Mezzé. Le patron parle français, il a fait son service militaire à Strasbourg. Urgüp, centre commerçant de la Cappadoce, est située le long d’une haute falaise. les maisons sont encore construites en pierre de taille.

On profite de l’excellente nourriture dans les restaurants et du choix des produits sur les marchés. Alors, c’est le moment de faire un petit point sur la nourriture en Turquie : en général on mange très bien en Turquie, et pour un prix modique : Jus de fruit, cerise : visne. / Mezé : série de petits plats, type hors-d’œuvre, / Börek :un de mes plats préférés, pâte feuilletée au fromage. / Pidé : petites pizza, très répandus et pas cher. / Le fameux döner kebab / la moussaka. / Yoghurt turc / Confiture de rose / Café turc et le traditionnel çay / Et l’incontournable « imam bayildi » (l’imam s’en pâme), aubergine confite, farcies à la tomate et aux oignons.
On quitte la Cappadoce avec regret, mais nous avons encore beaucoup de route et de découvertes à faire.
Direction Ankara.

Ankara

Cette ville de province est devenue la capitale de la Turquie moderne en 1923, grâce à Atatürk. Aujourd’hui, métropole en plein essor, la circulation y est assez complexe. Pour trouver notre route, on se gare devant l’hôpital. On nous propose de passer la nuit dans le parking de l’hôpital. Pas très romantique, mais il se fait tard, on accepte volontiers. Le lendemain, visite du Musée des civilisations anatoliennes.

Mais nous préférons décidément l’ambiance des ruelles et des marchés. Nous sommes les seuls touristes, donc facilement reconnaissables. Je choisis des fruits et légumes, pendant ce temps Patrick fait quelques photos. Impossible de payer mes achats, c’est cadeau … et pour tous les commerçants. Ils on dû se passer le mot !
Après deux jours à traîner dans Ankara, nous poursuivons notre route. Sortir de la capitale est un défi : poussière, klaxon, nid de poule, feu aléatoire, dolmuş dans tous les sens (minibus, sans trajet ni horaire bien défini). Direction la mer !!

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