Voyage 1987 – 1989

Juin

C’est notre premier « grand » départ avec notre Toyota. Le chargement de toutes nos affaires, vaisselle, plein d’eau … nous prend plus de temps que prévu. Finalement, nous levons le camp à 3h00 … du matin. On roule jusqu’à Verdun. Il est 7h00, on fait une courte pause puis direction Forbach.
Plein de gasoil avant de passer la frontière allemande, car moins cher en France (3,35 francs/litre).

Passage en Allemagne. On décide de traverser Munich plutôt que contourner la ville par la rocade. Bonne option en dehors des heures de pointe. Traversée assez rapide de l’Allemagne, malgré de nombreux camions. Le diesel est à 0,959 DM (Deutsche Mark), soit environ 3,35 francs.
Puis une portion de route avec beaucoup moins de véhicules de Turcs-Allemands. On comprend vite la raison, péage 27 DM (environ 95 frs). Traversée de l’Autriche sous un beau soleil printanier, qui ne va pas durer.

On aborde les cols avant la frontière avec la Yougoslavie sous une pluie battante. Nous changeons de nouveau de monnaie, pour découvrir le Dinar yougoslave, 1 fr ~ 2 265 Yud. Le gasoil tombe à 2,74 francs. Une route à deux voies, dans la montagne, et de nombreux camions. Nous roulons entre 40 et 50 Km/h. Nous décidons d’emprunter l’autoroute Zagreb – Beograd. Mais la pluie redouble, et comme il est déjà 23h30, on s’arrête pour la nuit.
Le lendemain matin, pagaille monstre au péage de l’autoroute, attente et patience sont nos meilleures conseillères ! On roule jusqu’à Dimitrovgrad, un peu après Pirot, où l’on passera la nuit.

Le lendemain, passage frontière Yougoslavie- Bulgarie, assez rapide (1h) malgré un douanier qui s’est endormi sur nos passeports, et du coup une crise de fou rire que l’on a du mal à contenir. Traversée de la Bulgarie sous des trombes d’eau ! Présage, notre voyage doit nous emmener sur les traces de Noé et du Mont Ararat …

Nous voici à la frontière Bulgarie Turquie !!

 Nous ne comprenons pas la situation qui est inquiétante, une atmosphère pesante. Des centaines et centaines de turcs qui s’entassent pour rentrer en Turquie. Des meubles dans tous les sens, des chariots chargés de vêtements, des femmes et des enfants sous des bâches … et des ordres transmis par haut-parleurs auxquels on ne comprend rien. Nous passons la frontière sans difficulté, mais nous sommes mal à l’aise.
Côté Turquie, pour transporter ces familles, les camionneurs turcs sont massés à la frontière. Trois à quatre cents camions de 10 tonnes forment une queue de trois kilomètres sur la route menant au poste frontière.
Même le taux de change nous surprend. Je pensais recevoir 156 000 LT (livre turque), on me donne 256 000 LT, soit 315 francs en plus. A ne rien n’y comprendre. Nous n’avions pas le cœur à prendre des photos.

C’est en arrivant à Erdine, dans un café où des images de cet exode passent en boucle sur le petit écran qu’un Turc nous explique la situation :
Tous les Turcs vivant et travaillant en Bulgarie, mais refusant la politique d’assimilation forcée doivent quitter la Bulgarie. Il s’agissait de les« Bulgariser » en faisant disparaitre tous les noms et prénoms d’origine turque, en leur interdisant de parler turc dans les lieux publics, de porter des habits traditionnels musulmans, de pratiquer les coutumes et les rituels musulmans tels que le mariage traditionnel et même d’écouter et de danser sur de la musique turque.

Le 17 juin 1989, jour de notre passage à la frontière, le Premier ministre turc, s’est rendu à la frontière bulgare pour y accueillir les réfugiés. Cet exode de centaines de milliers de Turcs (environ 360 000) est connue en Bulgarie sous le nom de « Grande Excursion« .

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